« Faire sa part? Pouvoir et responsabilité des individus, des entreprises et de l’Etat face à l’urgence climatique »

Je continue dans les articles un peu « généraux » pour planter le décor et le contexte du Développement durable.

Aujourd’hui, on s’attaque à un gros morceau. Je lance sur la table le débat sur les petits pas vs les actions des entreprises vs les actions de l’Etat. Oui, rien que ça ! Et pour le faire, je vous décrypte la publication de Carbone 4 sur la part et la responsabilité de chacun. Ce rapport de 21 pages a été rédigé en juin 2019 partant du constat que, même si tout le monde a maintenant conscience qu’il faut absolument faire quelque chose, on a un peu du mal à se bouger.

Il est décomposé en trois grandes parties :

  • l’impact réel des écogestes individuels,
  • la contrainte du système socio-technique,
  • le collectif.
Faire sa part by La Fille aux Ballons
Photo by Michael Benz

Introduction

Selon les Accords de Paris, l’objectif commun est de ne pas dépasser les +2°C en 2050. Pour cela, on doit tous réduire nos émissions de gaz à effet de serre. Passant pour un Français « moyen » (c’est-à-dire totalité des émissions de gaz à effet de serre du pays divisée par le nombre d’habitants) d’environ 11 tonnes de CO2 par an à 2 tonnes. Soit une division « quasi » par 4. Ce n’est pas rien ! Et même si, on a dû mal à savoir ce que ça représente. On se doute que ça va demander des efforts de la part de chacun.

Si, on connait le résultat à atteindre, le chemin et la méthodologie sont un peu moins connus. Tout le monde se renvoie la balle et on a dû mal à savoir ce qu’on doit faire et comment le prioriser.

2050… c’est dans 30 ans. Ça parait loin et pourtant, quand j’ai soufflé mes 30 bougies, je me suis demandée comment ça avait pu passer aussi vite 🙂 .

Faire sa part by La Fille aux Ballons
Photo by Mauro Mora

L’impact réel des écogestes individuels

L’article de Carbone 4 commence donc par lister une série de 10 actions que chaque français pourrait prendre à l’échelle individuelle :

  • régime végétarien,
  • vélo pour les trajets courts,
  • covoiturage sur tous les trajets,
  • ne plus prendre l’avion,
  • moins de vêtements neufs,
  • manger local,
  • baisser le chauffage dans son logement,
  • tout acheter d’occasion,
  • zéro déchets,
  • équiper son logement de LED.

Ces 10 actions mélangent à la fois ce qu’on appelle des petits gestes (baisser le chauffage dans son logement) et les grands changements (comme ne plus prendre l’avion ou devenir végétarien). Les auteurs soulignent également que leur étude concerne uniquement le dérèglement climatique. Il y a bien évidemment d’autres actions à mettre en oeuvre comme la lutte contre le gaspillage alimentaire ou l’eau.

Faire sa part by La Fille aux Ballons
Réductions de CO2 par les gestes individuels – « Faire sa part » de Carbone 4

Le graphique ci-dessus nous montre que si, chaque individu mettait en place les 10 engagements précédents. Il serait donc possible de diminuer l’émission de gaz à effet de serre de 2,8 tonnes par an et par habitant. Soit une réduction des GES de 26%. Soit un tiers de l’effort nécessaire.

On arrive ainsi à deux conclusions :

  • les gestes individuels représentent une part non-négligeable du chemin qu’on a à parcourir. Par ailleurs, ils sont inégaux entre eux en terme de résultat : le régime végétarien a un impact énorme comparé aux changements des ampoules,

« En ce sens, les écogestes, à condition qu’ils soient pertinents, ont un réel impact sur l’empreinte carbone. Ils sont par ailleurs nécessaires, au sens strict du terme : ils ne sont actionnables par personne d’autre que nous-mêmes. »

  • ces gestes ne sont pas suffisants. Il représente un tiers. Ce qui est bien mais… pas tout. Il manque encore un effort de 6 tonnes de CO2 par habitant et par an pour arriver au compte.

Attention toutefois, cette diminution des émissions n’est valable que si on respecte toutes les hypothèses prises. Il s’agit donc d’une théorie qui n’est pas encore rejointe par la réalité. Le rapport confirme que, pour le moment, seul 20% des individus sont « moteurs » sur un ou plusieurs de ces sujets. Au global, il est très probable que notre trajectoire soit sur une réduction de -5% à -10% au lieu des -26% possibles.

« L’impact à espérer des changements volontaires de comportement individuel, en prenant en compte l’acceptabilité relative du sujet climat dans la population, pourrait stagner autour de 5% à 10% de baisse de l’empreinte personnelle en moyenne. »

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Photo by Gary Lopater

La contrainte du système socio-technique

Comme on vient de le voir, l’impact des gestes individuels et non négligeables. Ils sont donc nécessaires mais… non suffisants. Malgré toute notre bonne volonté, on ne peut pas se défaire du système dans lequel on évolue. C’est-à-dire, notre environnement social et technique.

« Nous sommes limités par le « système », c’est à dire l’environnement social et technique dont nous avons hérité, bâti sur la promesse d’une énergie fossile bon marché et illimitée. »

Plusieurs exemples sont donnés :

  • mobilité : que faire lorsque je n’ai pas de transports en commun à proximité ou si je ne peux faire mes trajets en vélo ?
  • logement : que faire si je n’ai pas les moyens de changer ma chaudière au fioul ?

A partir de ce moment-là, le collectif prend tout son sens. C’est-à-dire que cette somme de gestes individuels doit s’organiser pour prendre des décisions dans les instances collectives. L’Etat et les entreprises doivent investir pour faire basculer notre société et prendre en charge les deux tiers restants.

« Il s’agit de déclencher un changement radical et profond du système dans lequel nous évoluons. »

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Photo by Sarah Cervantes

Le collectif

Tout le monde doit s’y mettre :

  • les ménages : l’investissement des ménages, à condition de les inciter et de leur donner les aides nécessaires, est un levier puissant
    • pour la mobilité : achat d’un véhicule particulier bas carbone,
    • pour le logement : rénovation du bâti + changement de la chaudière, sortie du fioul et des énergies fossiles,

Ces actions là permettraient de gagner encore 2 tonnes de C02 par an et par français. Si on additionne les dix actions individuelles précédentes, on vient tout simplement de faire la moitié du chemin ! Youhou !

« Au total, la combinaison d’une posture “héroïque” et des investissements pertinents au niveau individuel induit une baisse de 45% de l’empreinte carbone, soit un peu plus de la moitié des efforts nécessaires pour parvenir à l’objectif 2°C. »

  • les entreprises : le secteur privé doit également s’y mettre. Les entreprises doivent faire un point d’étape de leur dépendance au carbone sur l’ensemble de la chaîne de valeur (c’est-à-dire à la fois en amont et en aval. On ne doit plus se contenter de regarder la production en interne).

« Ces chantiers ne sauraient se réduire à une politique de “petits pas” ; seule l’inclusion de la question climatique au sein-même de leur stratégie donnerait aux entreprises la grille de lecture nécessaire pour agir à la hauteur des enjeux. »

  • l’Etat : avec une double obligation
    • décarboner la chaîne de valeur des institutions publiques (exactement comme le secteur privé),
    • assumer sa responsabilité dans la décarbonation des entreprises et des ménages (incitations, aides, taxes, renégociation de certains accords, etc.)

Les actions combinaient des entreprises et de l’Etat nous permettraient ainsi une réduction de 4 tonnes de CO2 par an et par personne. L’objectif est atteint !!

Conclusion

Sur le graphique ci-dessous, on retrouver une répartition de l’effort à 50/50 entre l’individuel + les ménages et l’Etat + les entreprises.

Faire sa part by La Fille aux Ballons
Leviers de réduction de l’empreinte carbone moyenne – « Faire sa part » de Carbone 4

Evidemment, dans ce modèle, on considère toujours que les gestes individuels sont complets dans les dix actions proposées par Carbone 4. Dans un modèle un peu plus réaliste (graphique ci-dessous), l’Etat a un rôle encore plus important pour l’incitation et la sensibilisation de chaque individu. De ce fait, la répartition de l’effort devient 25/75 entre l’individuel + les ménages et l’Etat + les entreprises.

Faire sa part by La Fille aux Ballons
Leviers de réduction de l’empreinte carbone moyenne – « Faire sa part » de Carbone 4

En conclusion, le rapport démontre l’impact non négligeable des actions individuelles variant d’un quart à un demi de ce qui peut / doit être fait avec une hiérarchisation de ces actions (comme ça vous savez par où commencer). Ces actions sont importantes pour plusieurs raisons : il n’y a que nous qui pouvons les faire et, elles créent le début d’une pensée collective. Pour autant, elles ne sont pas suffisantes du fait de la structure technique et sociale dans laquelle nous vivons. On constate également que les entreprise et l’Etat seuls, ne peuvent y arriver.

La seule et unique conclusion de ce rapport est donc que le COLLECTIF est primordial. Chacun. A son niveau. Et sur ses sujets. Doit. Faire sa part.

Faire sa part by La Fille aux Ballons
Photo by EV

Comme d’habitude, je vous conseille vivement de lire le document et de ne pas me croire sur parole. Ça vous permettra aussi d’avoir le détail des calculs et de la méthodologie utilisée par Carbone 4. Le rapport se trouve ici. 21 pages, c’est pas si long !

On en pense quoi finalement ?

Bonne lecture 🙂

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